La Peur

« Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands » – Ellen Johnson Sirleaf

A l’heure où cet article sera publié, j’embarquerai dans l’avion pour l’Amérique du Sud, très certainement partagée entre l’excitation, la gratitude et la peur face à cette incroyable aventure qui s’annonce. Ces derniers jours n’ont pas été de tout repos, mon mental m’a joué des tours et a immiscé dans mon quotidien des personnages hauts en couleurs, chefs d’orchestre de mes insomnies. Madame la Peur, majestueuse, a ri d’un air cynique devant ma naïveté, celle de penser que je pouvais lui échapper, et accompagnée de ces fidèles comparses Angoisse et Doute, m’a donné de bien bonnes leçons. J’ai cohabité avec elles pendant près de trois semaines, et alors que je commence à leur dire au revoir et les quitter, pour je le sais, un jour, les croiser de nouveau, je voudrais partager avec vous ce qu’elles m’ont révélé.

Avoir peur de… La peur.

Vous connaissez peut-être la fameuse « loi de l’attraction », popularisée par le best-seller Le Secret? Cette philosophie selon laquelle on attire ce que l’on vibre, et que l’univers nous renvoie quotidiennement ce que nous dégageons à travers notre énergie? Je suis assez sensible à cette théorie, et j’ai à de nombreuses reprises constaté que lorsque j’agissais dans une intention teintée de positivité et d’assurance, tout en me détachant du résultat, j’obtenais souvent de jolies synchronicités, des résultats au-delà de mes espérances.

Alors évidemment, à l’approche de ce grand départ où avoir peur est, je pense, assez légitime, je m’efforçais d’avancer, sourire aux lèvres, « tout va bien Madame la Marquise », cochant frénétiquement les petites cases de mes to do-list, mais ne parvenant pas à fermer l’oeil, me demandant à quel jeu pouvait bien s’amuser Morphée. Il n’est pas nécessaire d’avoir une certification en psychologie pour comprendre que j’avais en fait peur de… La peur. Par tous les moyens je l’évitais, usant de stratagèmes plus ou moins grossiers, comme faire la fête ou m’allonger léthargique devant des séries télévisées. Mais la Peur, la vraie, on ne peut pas l’éviter bien longtemps. Et plus le déni est important, plus elle se renforce, attendant son heure pour t’enseigner, enfin, ce qu’elle a à t’apprendre.

La Peur, amie ou ennemie?

Ne jamais avoir peur, pourtant, serait bien périlleux. Parfois, elle nous protège. Elle nous maintient en vie, en nous chuchotant à l’oreille des conseils avisés, et ce depuis l’enfance. Ne pas caresser ce chien qui grogne, ne pas escalader cette falaise à main nue sans entraînement, ne pas suivre des inconnus dans la rue: peur et prudence se conjuguent, alimentées par l’instinct et l’intuition. Mais souvent, la crainte n’est que pure projection de « Et si…? ». Et si je n’étais pas capable de relever ce défi qui s’annonce? Et si je me retrouvais seule? Et si je tombais malade? Et si, et si, et si… De simples suppositions, sensées nous préparer aux pires éventualités, comme si en anticipant les difficultés et en vivant dans l’angoisse, nous contrôlerions mieux une situation pénible si, un jour, elle venait à se présenter. Ah, cette épineuse question du contrôle, ce besoin de sécurité alors même que l’on rêve d’aventures et d’exaltation, jolie contradiction! On souhaite se protéger, pourtant, quand elles nous dominent, les angoisses, les doutes, les remises en question de nos aptitudes ne font que fragiliser nos fondations, et nous rendent moins solide.

Dans le même temps, ces émotions inconfortables nous parlent aussi de nous, de nos fêlures, nos blessures, nos chagrins d’enfant, de ces conflits non résolus qui se présentent à nouveau pour que l’on puisse évoluer, grandir, et apprendre. C’est pourquoi il peut-être très difficile de les confier, de les révéler ou même de s’y confronter sans tomber dans la superficialité. Par pudeur ou stratégie d’évitement, on cherche à s’en débarrasser, quitte à revivre sans cesse les mêmes situations.

La question n’est alors peut-être pas de savoir si la Peur est ennemie ou amie. Elle est. Tout simplement. Et elle repointera son nez à intervalles plus ou moins réguliers au cours de notre vie. L’important étant, à mon avis, qu’elle ne détermine pas nos choix de vie. Au fond, on sait ce que l’on veut vraiment, ce qui est bon et juste pour nous. Ce qui nous anime.

Du coup, on fait quoi?

Vous savez à partir de quand j’ai commencé à aller mieux? Quand j’ai accepté que j’avais peur et que je me suis autorisée à traverser cet état. Mais il n’a pas suffit que je confie mes craintes à mes proches. Non, il a fallu que je m’autorise à pleurer, parce que j’en avais le droit. Que je me dise que j’allais vivre ces émotions le temps qu’il faudrait, et que ce n’était pas grave, parce que je savais, profondément, que la décision que j’avais prise était la bonne, quand bien même elle impliquait un grand chambardement émotionnel. J’ai commencé à voir mon moral remonter en flèche quand je me suis dit: d’accord, vas-y, sois triste. ». Étrange, n’est-ce pas?

Evidemment, je parle ici de mon état de stress passager, et non d’un état dépressif ou de déprime constant sur lequel je ne peux m’exprimer n’ayant ni les compétences, ni les connaissances requises.

Quand je serai grande, je voudrais…

Etre une wonder woman, avoir toujours le sourire, diffuser son optimisme, s’assumer, et avoir encore de l’énergie pour être performante au travail, supporter moralement ceux qu’on aime et vivre de ses passions, sur le papier, cela semble très valorisant. Honnêtement, certains jours, j’aimerais tellement être cette femme-là. Parfois, j’ai l’impression que c’est le cas. Mais le reste du temps, je me contente d’être humaine, et c’est aussi très bien comme ça.

Si de plus en plus de grandes enseignes louent les mérites de tous les corps, si les discours autour du body positive fleurissent – et c’est tant mieux! – j’ai la désagréable sensation que cette obsession de la perfection s’inscrit aussi désormais dans le registre émotionnel. Il faut être heureux tout le temps, positif, altruiste, forts, supporter la charge mentale – pour les femmes -sans se plaindre, bref: être un vrai petit bouddha des temps modernes. En renvoyant au placard nos parts d’ombre, on se prive aussi de notre authenticité, et niant la tristesse, on rend la joie sans saveur, et refusant d’admettre ses peurs, on oublie également le nombre incommensurable de fois où nous avons fait preuve de courage. Et c’est plutôt dommage, non?

Pour finir, et si le sujet vous intéresse, je vous mets en lien une vidéo que j’aime beaucoup sur la « gestion » des émotions.

2 commentaires sur « La Peur »

  1. Je ne trouve pas ça étrange du tout que tu ais commencé à aller mieux quand tu t’es autorisée à ne pas aller bien. C’est aussi la question des pensées positives, soyons positifs… tu parles. J’entendais une psychologue dire que le problème ce n’était pas la pensée négative mais le mensonge. Ce qui pose problème dans la pensée « je ne vais jamais y arriver » c’est la même chose qui pose problème dans « tout va bien se passer » : le mensonge. Ces pensées ne sont pas la vérité. Tu n’as aucune certitude que tu ne vas « jamais » y arriver, tout comme tu ne peux pas te promettre que « tout » va bien se passer. Aller mieux c’est ne pas mentir, en fait.

    Je n’ai pas regardé la vidéo que tu proposes mais j’ai déjà un problème avec le titre. « Gérer » c’est comme « maîtriser », or, « maîtriser ses émotions » ce n’est pas pareil que « contrôler ses émotions ». Une amie sophrologue m’a expliquer que « contrôler » ses émotions c’est le mal, mais les « maîtriser » c’est OK.

    Aimé par 1 personne

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