Passer son permis après 30 ans // Episode 2

Nous nous étions quitté, dans l’article précédant avec l’obtention de mon code. Que s’est-il passé depuis? Je meurs d’envie de vous le raconter…

Les leçons de conduite

Jeudi, 18h. J’arrive à l’auto-école pour ma première heure de conduite, et je trépigne d’impatience. Un des moniteur, Amar – j’en aurai trois – me lance les clés de la Clio 4 automatique et me disant avec un grand sourire: « Tiens, va t’installer! ». Sabrina, la secrétaire, me fait un bref clin d’oeil d’encouragement. Sur le siège conducteur, je sens déjà que je ne suis pas du tout dans le même état d’esprit qu’il y a treize ans. Ce permis, je le passe pour moi. Pour mon autonomie, mon indépendance. Pour élargir mon champs des possibles. Au début, je n’utilise que le volant, mais rapidement, Amar me donne le contrôle des pédales. Il blague et me parle pendant que je « conduis ». Je mets des guillemets parce qu’à ce moment là, je n’ai pas du tout la sensation de conduire, mais plutôt que la voiture fait tout le boulot.

Il est très gentil, drôle, mais je n’arrive pas à me concentrer! J’ai presque envie de lui dire de se taire, mais, d’abord, ce ne serait pas très poli et ensuite, je sais bien qu’il s’agit d’une stratégie pour que j’apprenne à détacher le regard de mon capot, ce que j’ai mis très, très longtemps à apprendre… J’essaie de me remémorer le code de la route fraîchement obtenu. J’arrive à un stop. Première punchline: « Le stop, t’attends qu’il passe au vert? ». Je ris. J’ai eu trois moniteurs, tous complémentaires, pédagogues et bienveillants. Yassine est calme, posé, chaque conseil est répété, sans agacement. Il m’apprend à me garer, en créneau, en bataille, grâce à lui je saisis vite. Farida, dynamique, énergique, qui me réveille quand j’ai tendance à être trop passive à grands éclats de voix. Elle m’apprend la conduite commentée et à repérer les priorités à droite. Enfin, Amar. Un personnage. Plus encore que le reste de l’équipe, je sens qu’il veut que j’obtienne mon permis. Il m’engueule, parfois, mais je ne prends pas la mouche. Il m’a cernée. Il m’invective: « fais ta rebelle! » , « je m’en fous que tu fasses des conneries, je suis là pour ça. Je veux que tu les fasses, les conneries! », « aie confiance en toi, arrête d’avoir peur, tu réfléchis trop! ». « Sois spontanée. C’est du bon sens. Suis ton instinct. ».

Au début, j’ai la sensation de vite progresser. Mais passée une dizaine d’heures, je stagne. Pire, je régresse. Je termine même une des leçons en larmes, en me disant que je ne l’aurais jamais, ce fichu permis. Mais les moniteurs me font confiance, et j’obtiens une date pour l’examen. Dans 13 heures, et deux semaines, je passerai mon permis de conduire. Après un total de 32 heures de pratique. Sabrina me positionne des sessions tous les soirs, et le week-end. Elle se reconvertie en coach, me motive, me rassure. Dernière heure de conduite. Farida me confie: « Tu sais, mon permis, je l’ai eu au bout de la troisième fois… ».

L’examen de conduite

Lundi, Rosny-sous-bois, jour de l’examen. Je me présente à l’auto-école à 7h15, Amar passe me prendre avec la voiture. J’ai envie de vomir. J’ai passé la semaine à lire frénétiquement sur internet les avis concernant le centre d’examen. Ne le faite pas. C’est comme aller sur doctissimo quand on a mal quelque part. Une très, très mauvaise idée. Le moniteur tente de me faire rire. Comment dire… Je ne suis pas le meilleur des publics, et puis, j’ai l’impression que je vais vraiment vomir. L’examinateur arrive, il me présente les consignes d’un ton très doux et bienveillant. J’essaie de me donner une contenance: « Tout le monde est bien attaché? ». C’est parti. Pour 30 minutes de ville, de priorités à droite – merci Farida – , une manoeuvre en marche arrière – merci Yassine, et enfin, ce que je redoute le plus. Le périphérique et l’autoroute de banlieue parisienne. Evidemment, il est 8h15, le monde ne s’est pas arrêté de tourner pendant mon examen, et les gens se rendent au travail. J’ai l’impression de devoir m’insérer dans un trou de souris à dos d’éléphant. Mais merci Amar, j’ai travaillé cette situation juste avant, avec lui. Où je me souviens qu’il me disait: « Impose-toi. Ils vont te laisser passer. Force mais observe. Regarde le conducteur. Remercie-le. ». Et c’est passé. Retour au centre d’examen. Je suis heureuse. Je ne sais pas si je l’ai obtenu, j’ai quand même fait des erreurs – un défaut de trajectoire, deux freinages trop brusques et j’ai confondu ma gauche et ma droite. Mais je suis vraiment fière de moi. D’avoir gardé mon sang-froid. De m’être fait confiance.

Mercredi je me lève à 6h. Je me fais couler un café, et j’allume mon ordinateur. 24,5/30. Pas de faute éliminatoire. Je l’ai fait. J’ai eu mon permis de conduire en deux mois et demi. Et je vous jure, je partais de très loin.

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