Comment j’ai (enfin) trouvé ma gynécologue?

Ma soeur, tu n’es plus seule. Seule face à tes questionnements, seule face à ton désarroi, ou même parfois, seule face à ta détresse. Bien avant moi, de nombreuses femmes ont témoigné des violences obstétriques, des touchers vaginaux non consentis, des remarques condescendantes de leur médecin ou encore du sentiment de ne pas avoir le choix. A mon tour, j’aimerais apporter ma petite pierre à l’édifice du girlpower.

De tous les articles que j’ai rédigé, je crois qu’il est le plus utile, et le plus nécessaire. Récemment, la blogueuse Pêche et Églantine a témoigné dans son article « Le droit de dire non, c’est partout et pour tout le monde » d’une épreuve gynécologique particulièrement douloureuse. Un récit aussi émouvant que révoltant, démontrant que la médecine, lorsqu’il est question du corps des femmes, est encore bien loin des exigences d’empathie, de respect et de bienveillance qu’elle devrait pourtant s’évertuer à remplir. Après des années d’errance et de frayeurs lors de ces examens, je veux aujourd’hui te confier comment j’ai trouvé ma gynécologue.

La mémoire des violences

D’abord, rappelons-nous. Rappelons-nous qu’il fut un temps où les femmes accouchaient leurs sœurs. Qu’elles connaissaient l’art des plantes, des soins, qu’elles avaient des connaissances médicales bien supérieures à celles des hommes. Souvenons-nous qu’en raison de leur savoir, de leur indépendance, de leur pouvoir, elles ont été brûlées. Torturées. Pendues. Si nous avons oublié, notre corps s’en souvient. Suite à ces persécutions, les femmes, contraintes de dissimuler leurs talents, ont continué d’exercer dans l’ombre, et les hommes, seuls habilités à pratiquer la médecine dans une société dramatiquement patriarcale, ont finalement réussi à prendre l’ascendant sur le corps des patientes, et sur leur sexualité. Sans ménagement, ils ont procédé à des accouchements. Sans discernement, ils nous ont accusé d’hystérie. Sans empathie, ils ont malmené nos organes, notre intimité et notre pudeur. Par un militantisme acharné et misogyne, ils nous ont interdit d’avorter. Il n’est donc pas étonnant que certaines femmes, héritières des victimes de sexisme et d’oppression, appréhendent leurs premières consultations gynécologiques, parfois même sans parvenir à mettre les mots sur l’origine de leur angoisse.

Ce poids collectif, ancestral, inscrit dans notre inconscient, est remarquablement raconté dans le podcast d’ARTE Le gynécologue et la Sorcière, que je suis très heureuse de vous partager. Il raconte aussi comment, aujourd’hui encore, on accorde que très peu – ou pas – d’importance aux conséquences des interventions chirurgicales sur l’épanouissement sexuel des femmes, considéré comme secondaire ou inexistant par rapport au plaisir masculin.

A cette mémoire collective, s’ajoute la mémoire individuelle. J’avais environ 14 ans, quand j’ai vu ma mère, qui pourtant ne pleurait jamais, revenir en larmes de son rendez-vous gynécologique. Tremblante, elle a expliqué à mon père que le médecin n’était pas parvenu à lui retirer le stérilet et qu’il s’était acharné. Que la torture avait duré plus d’une heure. Puis j’ai grandi, et moi aussi, j’ai dû me plier aux recommandations de l’OMS et aller faire mon frottis de contrôle. Évidemment, je ne dénigre pas le bien-fondé du dépistage et de la médecine traditionnelle. Il est question, dans cet article, de la manière dont on pratique les examens médicaux en France, d’empathie, et de respect.

J’ai pour ma part eu affaire à une femme – oui, une femme! – toxique lors de « ma première fois ». A peine entrée, elle me lance, agressive,  » Bon allez, qu’est-ce que vous attendez, déshabillez-vous, on va pas y passer la journée! ». Je cherche des yeux, naïvement, une sorte de cabine d’essayage où je puisse ôter mes vêtements. Elle s’impatiente. Je fais ça devant elle, dans son bureau. Elle ne me donne pas de blouse, rien. Elle m’ordonne de m’installer, enfonce sans ménagement le spéculum et pousse de grand cris, en me reprochant l’état de mon col. Je tremble, j’ai peur. Elle me dit « Arrêtez de trembler comme ça, c’est insupportable ». J’essaie, de toutes mes forces, de susciter sa bienveillance en lui confiant mon mal-être. Elle me coupe la parole et m’invective: « Vous avez eu combien de partenaires sexuels? ». Je mens, par réflexe, parce que je sais que la vérité l’aurait rendue encore plus acerbe, méprisante et … violente. Elle me répond, glaciale: « Dans ces cas-là, faut pas venir se plaindre d’avoir des problèmes. ». J’ai sens mes larmes qui montent, je les retiens. Pour rien au monde je ne pleurerais devant elle. Je paye la consultation. Elle veut me programmer un autre rendez-vous, je lui réponds froidement que j’irai consulter un autre praticien. Arrivée chez ma meilleure amie, je pleure enfin. Je lui raconte tout. Ma colère d’avoir été humiliée. Ma honte de ne avoir claqué la porte, en lui balançant au passage ses quatre vérités. Ma résolution que plus jamais, médecin ou pas médecin, je ne me laisserai traiter ainsi. Et c’est là, entre deux sanglots, que j’ai reçu un des meilleurs conseils de ma vie. « Mais pourquoi tu ne cherches pas sur le site Gy&co? ».

Gy&co, comment ça marche?

Le site recense les gynécologues et sages-femmes qui pratiquent la médecine avec une approche féministe, respectueuse du corps des femmes et sensible à la notion de consentement. Un site collaboratif, qui se présente ainsi:

Les repères violet et jaune signalent les médecins conventionnés -secteur 1 et 2 – et les repères vert – peu nombreux – ceux avec dépassements d’honoraires.

Vous pouvez ensuite cliquer sur un(e) gynécologue et avoir ce type d’information:

Je ne sais pas vous, mais quand j’ai vu ce site pour la première fois, j’ai poussé un grand ouf de soulagement. Ma consultation suivante s’est d’ailleurs très bien passée. La femme exceptionnelle qui m’a reçue m’explique en détail les interventions qu’elle s’apprête à faire, me décrit les sensations que celles-ci vont provoquer, et à chaque nouvelle étape, me demande si je suis d’accord. Elle met un point d’honneur à me parler avec bienveillance et douceur, dans son cabinet médical au parfum d’encens. Pour un peu, on pourrait croire que ce rendez-vous médical se mue en un moment pour soi, pour mieux connaître son corps, pour poser des questions, pour se reconnecter à son propre pouvoir. Un moment d’échange, de transmission, où la sage-femme est supérieure à la patiente par ses connaissances et non pas par son statut.

Mais attendez… Ce n’est-ce pas ce qu’on pourrait attendre d’une consultation gynécologique?

Alors, si vous n’avez pas encore trouvé le ou la praticien(ne) qui vous met en confiance, foncez consulter Gy&Co! Collaboratif, il permet aussi de proposer l’ajout d’un(e) gynécologue, éthiquement cohérent(e) avec l’esprit du site, à la liste des médecins référencés. Si vous en avez l’occasion, n’hésitez pas, puisque cela permettra peut-être à des zones géographiques pour le moment un peu isolées d’en bénéficier.

Plus d’infos:

Le site de Gy&co: https://gynandco.wordpress.com/

Le témoignage de Pêche et Églantine: https://pecheneglantine.fr/2019/05/12/le-droit-de-dire-non-consentement/

Pour en savoir plus sur la chasse aux sorcières, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet

4 commentaires sur “Comment j’ai (enfin) trouvé ma gynécologue?

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  1. Waouh, j’ai appris énormément de choses avec ton billet…
    Trouver un gynéco est vraiment compliqué, j’ai déménagé il y a 2 ans et je ne me voyais pas toquer à n’importe quelle porte pour montrer mon col de l’utérus. Doctolib nous propose pourtant pleiiiiiiins de praticiens. Oui mais, je montre pas mes nichons à n’importe qui d’abord. J’ai donc pris le temps de questionner mes collègues et elles ont eu la gentillesse de me partager leur expérience avec les pros de la ville. J’ai fait le tri et j’ai trouvé une perle 😉

    Line de https://la-parenthese-psy.com/

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    1. Merci d’avoir pris le temps de lire mon article, cela fait chaud au coeur. Et oui, moi aussi je suis convaincue que l’entraide et la clé de notre réussite commune… Tu as de la chance d’être bien entourée et d’avoir de bons conseils ❤

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  2. Merci pour ce bel article, effectivement touchant et utile. Je n’arrive même pas à concevoir un rendez-vous comme celui que tu décris. C’est une véritable honte et cette personne mériterait de se voir retirer son emploi pour faute grave… Heureusement, les temps changent, je vais aller jeter un oeil à ce site et voir si aux alentours de chez moi, il y a des gentilles personnes qui pourront prendre soin de ma santé quand j’en aurai besoin. Merci encore d’avoir osé en parler. 🙂

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