Les Philippines, voyage au coeur d’un archipel d’humanité

Je ne me suis jamais trouvée très photogénique, souvent médusée par l’image que l’objectif me renvoie. Un sourire figé, forcé, comme sans âme, une pose mal assurée, rares sont les photos qui trouvent grâce à mes yeux. Quand je me replonge dans les clichés pris par Arnaud, mon amoureux, lors de ce voyage, je me trouve belle sur chacune d’entre elles. Je vois la femme que j’ai profondément envie d’être: libre, aventureuse, vibrante d’amour, sans fard, sans artifice, minimaliste mais exaltée de découvertes. J’imagine que la terre des Philippines détient comme un pouvoir, un secret bien gardé. Pareil à un médecin, elle te soigne. Elle ouvre ton coeur à la magie des rencontres, elle t’ausculte à l’unisson avec les profondes respirations d’une jungle épaisse, elle étanche ta soif dans la beauté préservée des fond marins et elle travaille ta mémoire, te rappelant à ta plus pure nécessité, tes instincts primaires, ta connexion à une nature que tu n’as que trop méprisée. Tour à tour chamane et sorcière, elle place sur ton chemin une succession de synchronicités qui ne sont que les prémices d’une incroyable aventure.

Banaue et ses rizières nourricières

Banaue, Philippines

Manille, 4h du matin. Nous avons prévu d’arriver à Banaue en fin de journée, pour deux jours de trek dans un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais après avoir vainement cherché les horaires des bus qui nous séparent de notre destination, je n’ai trouvé que de sporadiques informations. Sur des forums de discussion, il semblerait qu’on mentionne un départ possible de la capitale aux alentours de 5 ou 6 heures du matin. Puis, nous devrons prendre un jeepney, peut-être même deux. Malgré cet itinéraire plus qu’incertain, je suis étrangement confiante. J’ai la certitude que tout se passera bien. Encore légèrement étourdis par le vol que nous avons pris à Bangkok après une escale mouvementée de quelques jours, nous demandons à un chauffeur de taxi de nous conduire à la gare routière, où nous sommes alors les seuls touristes. Le chemin que nous empruntons est décidément peu fréquenté par les voyageurs, les habitués nous regardent avec des sourires amusés, curieux, interrogateurs. Chanceux, nous trouvons avec un peu d’aide le bus que nous étions venus chercher – et le seul qui partira de la journée – et le chauffeur nous annonce que le départ est proche. Une doux sentiment de paix et de confiance me traverse, mêlé à une excitation bien difficile à contenir. Je le sais, tout sera parfait.

Assis sur nos sièges, nous sommes frigorifiés, la climatisation bat à plein régime, nous nous blottissons l’un contre l’autre, nous nous couvrons avec le peu de vêtements chauds que nous avons pris. Je comprend mieux à présent pourquoi les passagers étaient munis de bonnet et de couvertures alors que la température avoisinait les 30 degrès! A chaque pause, nous sautons littéralement du bus pour nous envelopper de la chaleur humide de l’air extérieur. Le jour se lève progressivement sur les routes philippines, où le bitume irrégulier et la pluie ralentissent notre trajet. L’heure du petit déjeuner sonne, pour ma plus grande satisfaction. Avant de descendre de ma réfrigérante embarcation, une dame me demande à brûle-pourpoint « Where do you come from? Do you like coffee? » – « D’où venez-vous? Vous aimez le café »? . Surprise, j’ai à peine le temps de répondre qu’une tasse fumante arrive entre mes mains, et voilà que quelques heures seulement après notre arrivée, nous rencontrons pour la première fois cette chaleur humaine qui ne nous quittera pas pendant un mois. Avec une fierté teintée d’émotion, elle me montre des photos de ses enfants récemment diplômés, de sa fille sur le point de se marier, me parle de sa hâte d’avoir des petits-enfants. Elle me demande si je suis mère, s’étonne que ce ne soit pas encore le cas, hausse les sourcils, sans jugement, juste par surprise. Comme cela sera toujours le cas, elle nous demande si nous aimons son pays, nous répondons avec sincérité que nous venons d’arriver, mais que l’atmosphère nous a déjà conquit. Après seize heures de bus, cette femme extraordinaire nous accompagne à ce qui sera notre prochain moyen de transport, explique au conducteur où nous souhaitons aller, afin que notre périple se déroule sans encombre.

Nous rejoignons notre premier Jeepney. Ici, même les mini-bus sont accueillants. Fidèles représentants de l’esprit philippin, ils sont colorés et animés, souvent peints de fresques aux messages rappelant aux passagers le caractère éphémère de l’existence, et la nécessité de profiter de chaque instant. Toujours souriants, des adolescents en uniformes qui reviennent certainement de l’école, nous offrent des encas traditionnels qu’ils achètent à la volée par la fenêtre du jeepney, des fritures de poissons accompagnées d’un condiment aigre-doux qui ravissent nos papilles. Quelques pesos plus tard, nous arrivons à Banaue après un trajet d’une journée qui n’augurait que le meilleur.

Nous arrivons dans notre auberge, simple, mais avec l’avantage non négligeable de nous offrir une vue imprenable sur les rizières. Ce soir là, nous buvons avec satisfaction notre première bière San Miguel, et nous rencontrons Fena, une jeune femme d’une trentaine d’année qui sera notre guide pendant le trek. Elle nous propose de partager un repas avec elle et sa famille, un adobo longuement mijoté, où la viande de porc a eu tout le temps de caraméliser dans le sucre et le vinaigre. Nous acceptons et comprenons que nous assistons à une célébration familiale, un hommage à une aïeule récemment décédée. Reconnaissants de ce moment de convivialité, nous convenons d’une heure de rendez-vous pour le lendemain avec Fena et, heureux mais fatigués, nous rentrons rejoindre les bras de Morphée.

Banaue, 5h du matin. Le réveil sonne et je bondis hors du lit, galvanisée par ce qui sera pour Arnaud une randonnée et pour moi, une épreuve sportive de près de 40 kilomètres. Une douche rapide, un café soluble, un oeuf et un toast plus tard, notre guide arrive aux premières lueurs du jour. Elle nous conduit dans un premier temps sur les hauteurs du village, dans une espèce de side-car, où nous rencontrons un vieux monsieur en tenue traditionnelle de la tribu des Ifugao. Nous commençons ici la découverte de ces somptueux paysages qui, au-delà de leur beauté, nourrissent les Hommes. A perte de vue des rizières, des récoltes, des plantations familiales, qui au prix d’un travail exigeant, de la générosité de la terre irriguée par les caprices du ciel, produisent une richesse inestimable. De petits grains d’ivoire semblables à de l’or pour les habitants, qui louent la nature pour ses bienfaits par l’intermédiaire de leur bulul. Une statuette en bois, figure du dieu protecteur des rizières, un objet précieux autour duquel s’organisent les rituels les plus secrets.

Si le temps est clément aux premières heures de la journée, la pluie bat de son plein dès 14h, et sous la pluie, nous admirons l’impressionnant panorama qui, dans un jeu de miroirs et de reflets, semble être infini. La marche est exigeante mais Fena, par son dynamisme, sa joie de vivre et sa gentillesse me pousse à rester dans un état de positivité et d’émerveillement permanent. Je suis trempée, mes vêtements et mon imperméable bon marché ne me protègent plus, mon sac à dos prend l’eau, je ne cesse de glisser malgré les avertissements de notre guide, mais durant ces cinq heures d’averses, me plaindre ne me vient même pas à l’esprit. La beauté et l’impétuosité de cette région des Philippines est telle, qu’elle emporte dans son sillage ma fatigue et le froid qui commence à me faire grelotter. Et puis, ici, on ne peut qu’être conscients des enjeux climatiques. Sans pluie, les rizières s’assécheraient. Et sans riz, pas de récolte, pas de nourriture, pas de vie. Nous sommes accueillis à la tombée de la nuit dans un village ifugao, et nous constatons l’ampleur des dégâts. Nos affaires sont imbibées d’eau, mon passeport, l’argent retiré à l’aéroport, tout est détrempé et menace de se déchirer. Le sol jonché de nos documents d’identité et de billets de banque que nous étalons dans l’espoir de les faire sécher, notre chambre ressemble alors à s’y méprendre à celle de barons de la drogue. Fena met nos vêtements près du feu et notre adobo bien chaud accompagné de San Miguel devient sans aucun doute le meilleur repas de notre vie.

Le jour suivant, nous visitons le village et son école, et nous croisons les habitants, arborant toujours ce même sourire aux lèvres. Ce sourire, émouvant de sincérité, franc et spontané, nous allons le rencontrer pendant près un mois. Nous poursuivons notre deuxième jour de trek, et nous ne sommes pas déçus. Malgré la pluie, et les centaines de marches de pierre boueuses qui nous séparent de notre objectif, nous nous rendons aux cascades, sous l’oeil expert de Fena qui veille sur nous. Arnaud, en grand sportif, a beaucoup moins de difficultés que moi à gravir ce chemin glissant et escarpé, mais le jeu en vaut la chandelle. Je ne suis pas peu fière et encore une fois, le spectacle que nous offre Dame Nature est magnifique. Les trombes d’eau tombées ces dernières heures ont nourri la cascade, qui gronde et nous étourdie par sa puissance. Peu à peu, le trek s’achève, et épuisés, nous allons prendre une douche rapide et avaler un repas dans la très accueillante auberge de notre guide. Pas le temps de s’alanguir, notre bus de nuit nous attend pour de nouvelles aventures.

Bohol l’authentique

Nous arrivons à Bohol sur la plage d’Alona, la plus touristique de l’île. Après ces deux jours intenses de trek, je dois dire qu’une petite pause sous les cocotiers ne nous déplaît pas! Nous y resterons seulement une nuit, l’atmosphère est agréable, nous profitons des transats et des jus de fruits frais pour nous octroyer un moment de répit, mais nous préférons les endroits plus sauvages et reculés. Sur les conseils du Lonely Planet, nous décidons de passer quelques jours… Dans la jungle. Dans la région de Loboc, mes sens s’éveillent à la vue de cette flore touffue, aux variations de vert infinies. Les yeux éblouis par la lumière qui se fraye un chemin entre les arbres centenaires et la végétation qui les entoure, j’observe avec ravissement notre nouvel environnement. Aucun touriste à l’horizon, nous sommes hors saison, nous séjournons à Nuts Huts, où une petite cabane de bois nous attend. Aventurière en herbe, les bruits des animaux m’effraient un peu. Après tout, nous allons dormir sur leur terres, et les cris qu’ils poussent en écho te le font bien comprendre. J’insiste pour dormir avec Arnaud, même si le coût de deux lits simples avec moustiquaire était moins onéreux. Un peu moqueur, il passe la première nuit à me rassurer sur l’absence de serpents sous le matelas ou de mygales dans les draps. Nous nous éveillons au petit matin, avec le fleuve sous les yeux, le chant des geckos et la mer à l’horizon. Je crois n’avoir jamais ressenti une telle exaltation et une telle gratitude. J’en ai la certitude à présent. Je veux cette vie. Je repense à Paris, et la remercie pour tout ce qu’elle m’a apportée, pour les enseignements qu’elle m’a transmise mais ce chapitre est en train de se clore, en même temps qu’un autre s’ouvre. Je regarde Arnaud du coin de l’oeil et rassurée, je constate qu’il semble vibrer sur la même fréquence que la mienne.

Le petit-déjeuner est très copieux, le café délicieux, et nous partons louer notre premier scooter. Mon casque tombe et je ne suis pas très rassurée, mais l’adrénaline prend le dessus et je me rend à l’évidence. Ce nouveau moyen de transport me procure une sensation de liberté grisante, qui nous embarque dans une découverte successive de cascades, de plages préservées où des philippins nous invitent à partager un pique-nique, de petites villes où nous dégustons sur les marchés des spécialités locales. Cela devient notre routine pendant quelques jours, et je constate qu’au-delà des belles rencontres que nous faisons, des paysages que nous admirons, un autre aspect de cette île me ravit. La société de consommation comme nous l’entendons en France, où on nous assomme à coup de grandes enseignes, est presque totalement absente. Nulle part, on nous enjoint à acheter. Nulle part, nous sommes considérés comme des consommateurs potentiels. Par contre, les philippins ont à coeur de nous faire découvrir leur culture et généreusement, ils nous interpellent à ma grande satisfaction, pour nous faire découvrir leurs traditions culinaires!

La magie de Bohol opère. Et, peut-être parce qu’elle m’a offerte ma première prise de conscience, parce qu’elle a été la première à insuffler dans mes poumons ce vent de liberté, parce qu’elle m’a aidé à traverser mes premières craintes de citadine, cette île a été mon coup de coeur de ce séjour aux Philippines.

Apo et Malapascua, le chant des sirènes

Arnaud est un amoureux de la plongée sous-marine, et après avoir parcouru le guide, nous nous sommes arrêtés sur ces deux îles pour qu’il puisse s’adonner à cette activité et que je fasse mes premiers pas en snorkelling. L’île d’Apo se mérite, le trajet est long et se clôture par une arrivée en banka, petit bateau à moteur en bambou. Alors que nous prenons l’eau lors d’une traversée mouvementée, nous avons la chance – et la surprise!- inestimable d’être accompagnés par un banc de dauphins bondissants sur quelques mètres. Autant vous dire que notre âme d’enfant dansait dans notre poitrine… Plus l’embarcation approche, plus l’eau se fait turquoise et translucide. J’ai presque l’impression que mon cerveau ne comprend plus ce qui lui arrive, trop de découvertes, de nouvelles informations à traiter, de premières fois. Nous arrivons donc, et nous sautons du banka, de l’eau jusqu’à la taille. A bout de bras, on saisit nos sacs à dos, espérant qu’ils ne tombent pas dans l’eau! Sur l’île d’Apo, nous rejoignons notre hébergement pour quelques nuits, une chambre sans eau courante et à l’électricité limitée. Ici, pas de voiture, pas de scooter, tout se fait à pied, et c’est un vrai dépaysement de vivre dans cette simplicité.

Au matin, Arnaud va faire sa première plongée, et de mon côté, je file à la plage pour observer les tortues marines. Peu habituée à nager en mer, je suis rassurée que la présence d’un guide soit obligatoire parce que, pour être honnête, j’ai un peu peur. Même si je sais nager – la brasse – il me donne avec le masque et le tuba, un gilet de sauvetage que j’enfile. Ce doit être assez cocasse de me voir faire mes premiers pas dans l’eau. Je trébuche avec les palmes, je ne sais pas servir du tuba tout en mettant la tête sous l’eau, je bois la tasse… Mais progressivement, je prend mes aises. Les coraux préservés, les petits poissons « Némo », les étoiles de mer, et une variété de créatures marines infinie défilent devant mes yeux. Soudain, sans prévenir, j’aperçois une tortue à deux mètres de moi. Une énorme tortue qui remonte à la surface. Je suis tellement émue de ce spectacle que, si je n’étais pas dans l’eau, je pourrais pleurer. Le guide qui m’accompagne me propose d’ôter mon gilet pour gagner en liberté. Je lui fais confiance, je l’enlève et me laisse porter, tentant de mettre en cohérence mes mouvements avec la variations des vagues. Seule dans cet océan, je m’éloigne progressivement vers le large, jusqu’à la barrière de corail au mille couleurs. Sur ma route je croise encore plusieurs tortues que je prend soin d’observer d’assez loin, pour ne pas les déranger et risquer de les toucher avec mes palmes. Comme dans un rêve, deux heures plus tard, je rejoins la rive en ayant la sensation que quelques minutes seulement se sont écoulées. Dans le même temps, Arnaud vit ce qu’il me décrira comme la plus belle plongée qu’il n’ait jamais réalisée, côtoyant les raies mantas, les serpents de mer, et les tortues dans le grand bleu.

Nous rencontrons aussi deux allemandes, et Charlie le skiper, qui nous fait visiter l’île, nous présente les habitants et nous permet d’expérimenter notre premier karaoké sur le rythme endiablé de « One More Time », célèbre chanson de Britney Spears, à la grande joie des philippins ravis que l’on se joigne à eux. Nous passons trois jours comme des Robinsons perdus sur leur île, sans internet, sans superflu, avec la douce sensation d’être des privilégiés dans un petit coin de paradis.

Sur l’île de Malapascua, dernière escale du séjour, Arnaud qui n’est pas rassasié enchaîne les plongées et passe une certification pour observer les requins renards. J’ai un peu peur pour lui, mais il est très bien encadré par l’équipe de French Kiss Divers qui lui fait vivre des instants magiques dont il se souviendra. De mon côté, j’en profite pour me faire masser dans un endroit paradisiaque, lire, passer du temps avec Marie, une lyonnaise qui voyageait avec son copain et que nous avions rencontré lors de notre retour de Banaue. Je fais également la connaissance de Geofil, un philippin qui me laissera un souvenir indélébile, puisqu’il deviendra mon tatoueur. Pendant trois heures, nous parlons de son quotidien, de sa famille, de sa maison ravagée par un cyclone, de la délinquance à Manille et de l’amour inconditionnel qu’il a pour ses enfants.

Camiguin la sauvage, l’île volcanique

Camiguin, Philippines

Après notre séjour très atypique sur l’île d’Apo, nous avons quelques difficultés à retrouver un endroit où nous nous sentons aussi bien. Nous prenons donc le parti de partir à la découverte d’un endroit totalement différent. Nous hésitons à rejoindre Mindanao mais la situation politique semble complexe. Déconseillée par l’ambassade, une partie des locaux nous recommandent de ne pas y aller, nous nous décidons donc pour Camiguin, située à quelques kilomètres au large de Mindanao. Nous réservons pour deux nuits, mais finalement, nous y resterons une semaine.

Nous embarquons pour une traversée de plusieurs heures, qui n’est pas de tout repos. L’orage gronde, la houle plonge le bateau à la verticale à un rythme saccadé et régulier, le personnel distribue à la volée des sacs en papier aux voyageurs nauséeux, et nous ne sommes pas loin d’en réclamer pour nous également. Cette île, au volcan encore en activité, semble vouloir nous rappeler avec fougue et panache que l’homme n’est une poupée de chiffon face à des éléments déchaînés, que le feu qu’elle contient peut s’éveiller à tout instant, et qu’en pénétrant sur son territoire, nous signons cet accord tacite de n’être que les humbles spectateurs de son impétueuse beauté. Nous descendons du bateau épuisés, après avoir lutté contre les hauts le coeur mais aussi la crainte d’un chavirement, et à peine nos esprits rassemblés, nous échangeons un regard entendu. Nous sommes déjà sous le charme de Camiguin. Incroyable n’est-ce pas, d’avoir un avis aussi tranché seulement quelques secondes après notre arrivée? Les énergies sont intenses aux Philippines et l’émotion a tendance à prendre le pas sur la raison, nous ressentons davantage et intellectualisons moins.

Nous avons réservé une chambre avec une vue imprenable sur la mer, un balcon en bois poli et un transat fait de corde et de fibres de lin. Sans être prétentieux, cet hébergement est certainement le plus luxueux de notre séjour, et nous permet de nous reposer tout en dégustant des carafes de Pina Colada. Nous louons un scooter à nouveau, et dès notre arrivée, nous commençons à explorer l’ïle. Les paysages défilent, et nous admirons leur diversité, la mer bordée d’une côte rocheuse ou sableuse, les montagnes escarpées à la végétation épaisse, les chutes d’eau de plusieurs centaines de mètres, magistralement dominées par le volcan, chef d’orchestre de cette symphonie naturelle. Nous nous arrêtons par hasard dans une source d’eau froide, protégée par les arbres, à l’écart des sentiers principaux, et nous sommes rapidement rejoints par une famille qui, comme à l’accoutumée, s’interroge sur notre présence ici. Ils nous invitent à boire l’eau de la source, potable, pétillante et purifiée par les éléments, et nous offrent généreusement une partie de leur vivres, des gâteaux traditionnels qu’ils avaient acheté pour un anniversaire. Avec toute la bienveillance qui caractérise les philippins, ils accompagnent leur don d’un conseil avisé, nous recommandent d’être prudents et de bien profiter de la suite de notre voyage. Durant cette semaine, nous avons la sensation d’être des explorateurs. Arnaud plonge dans les ruines d’une église engloutie par la mer, nous faisons du snorkelling sur White Island, banc de sable blanc au large des côtes du nord de l’île, nous nous baignons au pied de chutes d’eau interminables et tapissées de lianes. La nuit, nous observons depuis notre balcon d’intenses tempêtes à faire plier les cocotiers, où le vacarme assourdissant de la mer agitée empêchent tout autre son de nous parvenir. Ici, nous sommes tout petits. Mais nous sommes profondément vivants.

Le retour en France…

Après un tel voyage, le retour à Paris a évidemment été difficile. Je dirais, au risque de tomber dans le cliché, qu’il m’a fait voir la vie sous un autre angle. Cette simplicité, ce minimalisme, cette bienveillance affichée sans crainte m’ont cruellement manqués. Bien-sûr qu’en France des belles rencontres ont lieu, qu’il est possible de vivre autrement, qu’en gardant le cœur ouvert, l’entraide et la chaleur peuvent faire partie de notre quotidien. Mais il me semble quand même que cela est moins assumé, presque perçu comme une faiblesse. On estime qu’en prenant le risque d’être soi, on s’expose au jugement, on s’expose au rejet, on ne répond plus à ce que les autres attendent de nous. Je pense que ce n’est pas un hasard si j’ai commencé les cercles de femmes à mon retour des Philippines, si je me suis débarrassée de mes meubles, de mon appartement, d’une grande partie de mes vêtements pour vivre chez ma meilleure amie avec seulement deux valises, en attendant notre départ en Amérique du Sud. Si j’ai commencé à apprendre à dire non. Si les voyages sont les points d’ancrage un processus, celui-ci m’a incontestablement donné du courage.

6 commentaires sur « Les Philippines, voyage au coeur d’un archipel d’humanité »

  1. C est magnifique ce que tu écris et comme tu trouves les bons mots pour exprimer ce que tu ressens
    Tu es une belle personne et je suis heureuse que tu fasses partie de notre famille
    Je t embrasse

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  2. Merci pour ce si beau retour que tu nous fais de ton grand voyage. Les Philippines me font rêver depuis longtemps, mais il n’est pas encore l’heure pour moi d’y aller. J’ai dévoré ta description. Tu parles si bien de tes voyages. 🙂

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